Quelles sont les différences entre combats sportifs et combats de rue ?

Dans cette vidéo, je vais vous expliquer et vous décrire les différences entre un combat dit « sportif » et un combat dit « de rue », soit une agression.

Les principales différences

Quand on parle de combat, généralement, il y a deux possibilités : soit les combats dits « sportifs » de compétition, où cela dure, soit les combats de survie, où on ne parle pas trop de combat mais plus d’une agression. Il est très important que vous compreniez et assimiliez bien les principales différences entre les deux.

Donc, d’un côté, il y a les combats sportifs de compétition et de l’autre côté, les combats de survie, agression dit self-défense.

Les objectifs

L’objectif des combats de compétition, c’est de gagner des points et de remporter un combat, et donc d’avoir une récompense à la fin (médailles, coupe, ou autres).

L’objectif de la self-défense – soit d’un combat self-défense ou d’une agression – c’est l’opposé : c’est survivre pour rentrer chez soi indemne; Logique… Et la récompense, si on a de la chance, c’est un « simple » traumatisme, sinon c’est un séjour à l’hôpital donc il n’y a aucune récompense matérielle à la fin.

Bien faire la distinction

Il est vraiment nécessaire de bien faire la distinction entre les combats sportifs et les combats de self-défense.

En combat sportif, il est question d’une certaine « égalité » et d’un équilibre des forces, ce qui veut dire :

  • les combats se font, en général, un contre un
  • à arme égale (mains nues, avec armes similaires, etc…)
  • à poids équivalent : il y a la pesée avant chaque compétition sportive; C’est un monde à part : cela apprend la gestion du stress, gérer le regard du public, le timing, la précision, cela apporte de très bonnes choses mais à ne pas confondre avec ce qu’il se passe dehors
  • à niveau équivalent : ceinture jaune/orange contre ceinture jaune/orange; Il est très rare de retrouver un champion du monde contre un simple débutant, c’est toujours trié de façon à ce que tout le monde puisse s’en sortir et ait sa chance. On peut donc parler de pied d’égalité en combats sportifs.

A contrario : 

  • en self-défense, le nombre d’agresseurs peut varier : 1 contre 1, 2 contre 1, 3 contre 1, tout un groupe contre 1…
  • il peut y avoir utilisation d’armes : bâton, couteau, bombe lacrymogène, etc… il faut en être conscient malheureusement, car c’est de plus en plus courant.
  • l’agresseur peut être plus grand que vous, plus lourd, plus expérimenté : s’il s’agit d’un « bagarreur de rue » qui embête tout le monde tous les jours, vous, en simple débutant ou pas du tout bagarreur, l’agresseur aura toujours plus d’expérience que vous, il n’y a donc aucune égalité.

Mais encore :

Dans les combats sportifs, il y a la vigilance et le consentement mutuel, ce qui signifie qu’en général, les compétiteurs qui participent sont avertis à l’avance, ils sont consentants et préparés mentalement et physiquement pour le JOUR J. En vue d’une compétition, on s’entraîne à l’avance, et, note importante à savoir : ils ont la possibilité de se rétracter s’ils ne se sentent pas capables de faire le combat.

Au contraire, en combat de self-défense, le contexte joue uniquement en la faveur de l’agresseur : c’est lui qui détermine où, quand, comment l’agression va se faire et vous, il ne vous reste qu’à subir et essayer de réagir en fonction; « Attends, j’abandonne, reviens demain, je ne suis pas en forme », cela n’existe pas dans ce genre de situation donc il faut savoir s’adapter et improviser.

Cela parait simple, vu comme cela, mais ce sont les bases pour bien comprendre ce qu’est un combat de self et un combat sportif.

De plus :

En combat de compétition, il est généralement question des techniques et des formes de corps identiques. Par exemple, si vous pratiquez du karaté style Shotokan, votre partenaire de compétition sera très probablement un pratiquant de karaté Shotokan donc vous êtes en terrain connu : vous vous retrouvez face à une même forme de corps, où votre partenaire ne va pas vous faire une technique qui ne fait pas partie du style, c’est comme un effet « miroir », il s’agit du même style.

A la différence, en self-défense, il y a de tout. Vous pouvez tomber sur un boxeur, un petit bagarreur de rue qui ne s’y connait pas mais qui peut vous faire des prises « d’où ça sort » ! C’est totalement aléatoire !

En compétition, il y a des règles et des techniques non-autorisées : en général, c’est tout ce qui est d’ordre létal (doigts dans les yeux, frappe à la gorge, parties génitales etc…)

Même en MMA, il faut le savoir, dans les cages de free-fight où cela peut être très violent, ils n’ont ni le droit de mordre, ni le droit de taper dans les yeux, ni à la gorge et aux parties génitales.

« La seule règle, c’est qu’il n’y a pas de règle. »

C’est le petit slogan. Dans la self-défense, il n’y a aucune règle.

Donc, en général, on privilégie des techniques létales, en self-défense ou plutôt lors d’une agression.

En compétition, il n’y a pas d’effets de surprise car on sait quand ça démarre et quand ça se termine, tandis qu’en self-défense, c’est tout le contraire. En général, l’agression vous tombe dessus et c’est un effet de surprise énorme.

Toujours en compétition, il est question de techniques codifiées et de stratégie. Comme il y a une préparation au préalable pour le combat et que nous sommes là exprès, il y a de l’improvisation bien sûr, mais nous avons surtout le temps de réfléchir, c’est-à-dire que l’on peut faire des techniques qui marqueront le plus de points.

Je m’explique. La compétition n’est plus ma spécialité, j’ai abandonné depuis longtemps, cela a sûrement changé depuis mais à mon époque, quand on faisait un coup de pied derrière la tête « Ura Mawashi Geri » cela nous faisait gagner 3 points ; De ce fait, pour gagner le combat, certains préféraient faire 2 ou 3 Ura Mawashi Geri pour gagner, donc ils tentaient de faire que cela. Sauf que dans la rue, un coup de pied de ce style est très compliqué à réaliser et c’est surtout très risqué !

Pas le même « jeu »

Par exemple, en karaté, si vous frappez la personne avec un coup de poing et que vous ne tirez pas bien votre poing à la hanche, vous ne gagnez pas le point. C’est une règle. Essayez de transposer cette technique dans la rue… C’est le BOOM assuré.

Et côté mentalités ?

Dans un combat sportif, les pratiquants ont généralement une mentalité de fair-play.

Dans la rue, il n’y a aucun fair-play. C’est le vice et tout est permis. Tout ceci, en compétition, cela n’existe pas !

Un énorme fossé entre les deux

Généralement, en compétition, les pratiquants commencent à bonne distance, se saluent et commencent le combat en garde. Dans la rue, il y a toutes les distances mélangées et on n’est pas souvent en garde.

La compétition sportive est un lieu cadré et sécurisé, un peu comme un cocon.

Le timing. Il y a un côté spectacle en compétition, ce qui fait que les combats durent dans le temps – comme pour les rounds de boxe – il y a un temps imparti.

Dans la rue, c’est complètement aléatoire. Et il ne faut justement pas que cela dure.

En combat sportif, vous ne jouez pas votre peau dès lors que vous posez un pied sur le tatami. Vous allez prendre des coups certes, mais vous n’êtes pas là pour vous (entre)tuer, au péril de votre vie. On ressort généralement sur nos 2 pieds.

A contrario, dans la rue, il faut abréger le plus vite possible, tout en restant en vie et avec toutes les distances mélangées : distance courte, distance longue, etc…

En self-défense, il y a de l’incertitude et pas vraiment le temps de construire une stratégie comme en combat sportif ; Les boxeurs appellent cela « le round d’observation » c’est-à-dire qu’ils démarrent le round mais ils n’attaquent pas de suite, ils analysent ‘est-ce que l’adversaire est agressif ? est-ce qu’il se sert plus de sa jambe avant ? est-ce qu’il est droitier/gaucher ?’ Dans la rue, cela vous tombe dessus et vous faîtes ce que vous pouvez. Donc pas le temps de s’organiser, en général.

En compétition, vous pouvez avoir une aide de l’extérieur. Ce qui veut dire ? Tout d’abord, l’arbitre: c’est une aide, l’air de rien, il sanctionne oui mais il vous aide aussi : par exemple, si votre adversaire vous donne une frappe mais qu’il appuie trop son coup, l’arbitre va dire « stop, contact » et pénaliser votre adversaire. C’est également valable si vous vous faîtes casser le nez, vous aurez de suite droit à un médecin.

Dehors, dans la rue, il n’y a ni médecin et il y a très peu de chances que l’on vienne vous porter secours malheureusement ; On peut s’en rendre compte tous les jours dans les faits-divers. Cependant, cela ne signifie pas qu’il faut généraliser : il faut quand même garder la foi en l’être humain et penser qu’une personne peut vous venir en aide, mais malheureusement, c’est très rare ; Il y a des explications à cela : ce n’est pas parce que la personne ne vient pas vous aider qu’elle est forcement lâche, mais parce qu’elle a tout simplement peur.

L’environnement

En compétition, vous êtes dans un environnement sécurisé : vous êtes dans une salle chauffée, vous avez droit à un échauffement, des étirements, une tenue ample pour être plus à l’aise, etc…

Dehors, vous faîtes avec ce que vous avez sous la main. Que vous soyez en jean ou dans un vêtement un peu trop serré, ou mesdames, si vous êtes en jupe courte ou autre, que vous ayez des talons et autre, il faut faire avec ce que l’on a sous la main. C’est totalement différent.

Dans la même optique, en compétition, le sol est plat : il est peu probable que vous voyez une énorme bosse au milieu des tatamis. Aussi, il n’y a pas de dangers venant de l’extérieur : personne ne va monter sur le tatami est vous poignarder (où alors vous n’avez vraiment pas de chance !)

Dans la rue, le sol n’est pas forcément toujours plat, et puis il y a les trottoirs, les voitures… vous êtes dans un environnement où rien n’est dégagé.

Les conditions climatiques

En compétition, à moins que votre adversaire combatte avec un parapluie, vous êtes à l’abri et la salle est souvent bien éclairée donc vous voyez ce qu’il se passe.

Dans la rue, il peut pleuvoir, il peut y avoir du brouillard, le sol peut être glissant, etc… Il faut donc bien comprendre que rien n’est favorable pour le défenseur dans la rue.

En compétition, c’est à pied d’égalité, et tout est fait pour que tout se passe bien, dans l’idée.

Les distances de combat

Tout dépend des compétitions mais il y a toujours des distances et des règles bien définies pour chaque art martial. Il existe des compétitions au sol, comme le Pancrace, où les pratiquants peuvent taper très fort et projeter l’adversaire au sol; En Jujitsu brésilien, il existe qu’une seule distance quasiment : celle au contact, au sol; En karaté, c’est soit mi-distance soit longue-distance, il est très rare qu’on entre au contact et que l’on y reste; Ou bien on entre au contact pour projeter mais on reprend aussitôt sa distance et on fait des frappes longues.

Dehors, c’est toutes distances confondues et cela peut malheureusement (et souvent) se terminer au sol.

Également, cela semble logique mais en compétition, les pratiquants portent des protections : coquille, gants, protège-dents et parfois, des casques – ce qui n’empêche pas de prendre des coups…

Dans la rue, vous êtes nus de toutes protections. C’est pour cela que le confort des protections durant les entraînements, c’est bien pour ne pas se blesser mais il ne faut pas prendre cela comme un acquis.

A moins que vous vous baladiez avec une coquille dans la rue…

Petite anecdote. En arrivant dans la région, j’ai connu un élève qui gardait toujours sa coquille sous le pantalon, après les entraînements, et à force de ‘pourquoi ?’, il a répondu un jour « On ne sait jamais si je croise des « gonzesses » ».

Et la Loi, dans tout cela ?

Quand vous êtes en compétition, que vous combattez et que vous frappez voire jusqu’au K.O, vous n’êtes pas soumis à la Loi Française : ce qui veut dire que l’environnement est sécurisé, vous avez une assurance en cas de dommages, etc…

Dès lors que vous mettez un pas dehors, vous êtes soumis à la Loi de la Légitime Défense, ainsi qu’à la Loi de Non-Assistance à Personne en Danger, et cela change tout !

Légitime Défense VS Non-Assistance à Personne en Danger

Cela ne signifie pas que vous  pouvez brutaliser votre agresseur, comme vous pourriez hypothétiquement le faire en compétition « parce que c’est le show » et vous êtes là pour cela.

Dans la rue, il faut que votre riposte soit proportionnelle à l’attaque ! Également, si vous tombez face à une agression, vous voyez par exemple une petite dame qui se fait agresser par un grand costaud, vous avez 2 solutions :

  •  soit « je n’ai rien vu » et nous parlerons de Non-Assistance à Personne en Danger : c’est-à-dire que s’il y a des caméras et que la victime y reste, vous serez peut être accusé d’avoir été témoin et de n’avoir pas (ré)agit. Cela peut arriver, il faut le savoir.
  • soit, et cela va peut-être vous étonner, si vous mettez K.O votre agresseur, que vous le laissez mourir au sol et que vous fuyez, s’il y a une/des caméra(s) de vidéosurveillance et/ou des témoins, vous risquez des poursuites pour Non-Assistance à Personne en Danger; Cela signifie que vous êtes obligé de réagir : on ne vous demande(ra) pas de lui faire du bouche-à-bouche mais d’au moins appeler les secours et prévenir de ce qu’il s’est passé. On ne pourra pas vous reprocher d’avoir signalé l’incident et appelé de l’aide…

En résumé

Il est très important que vous compreniez bien toutes les nuances et différences entre un combat de compétition et une agression de rue. Cela n’a rien à voir. Il est donc primordial de garder cette optique en mémoire.

About The Author

Alexandre Acariès

Je m’appelle Alexandre Acariès. Je pratique les arts martiaux depuis 1993. J’ai tout d’abord débuté par le Karaté style Shotokan, puis je me suis orienté des années plus tard vers le style Shotokaï de l’école Égami Shigeru. Durant cette période, j’ai participé à plusieurs compétitions sportives et j’ai remporté quelques titres ici et là aussi bien en kata qu’en combat. Par la suite, j’ai commencé l’étude du Goshin Jutsu (self défense Japonaise) où j’ai pu améliorer mes connaissances, plus particulièrement dans le domaine des clés articulaires. Après avoir obtenu mon Diplôme d’Instructeur Fédéral (DIF) de Karaté FFKDA, j’ai fait mes premiers pas d’enseignant dans deux clubs de la région Toulousaine dont un que je dirigeais en totale autonomie. Parallèlement à cela, j’ai commencé l’étude du Krav-Maga dans un club FEKM sur Toulouse. Après avoir validé mon Brevet d’Etat d’Educateur Sportif 1er degré et mon 3ème Dan de Karaté, j’ai du déménager sur La Ciotat, dans le département des Bouches du Rhône. Quelques temps plus tard, j’obtiens le Diplôme d'État de la Jeunesse, de l'Éducation Populaire et du Sport (DEJEPS) en Karaté et un Brevet de Moniteur Fédéral FFSCDA 2ème degré en "Contact Défense".Désireux de continuer mon apprentissage en Krav-Maga, j’ai décidé d’aller me former directement sur Paris avec une personne que je considère comme l’un des meilleurs experts de la discipline, Mr Alain Formaggio (6ème Dan, membre de la commission nationale de Krav-Maga FFKDA). J’ai donc redémarré de zéro et j’ai repassé, sur plusieurs années, mes grades un par un, de la jaune à la ceinture noire 3ème degré et j’ai été nommé Instructeur de la Krav-Maga International Federation, dont je suis l’actuel représentant pour le département des Bouches du Rhône. Je me suis également présenté, avec l’accord de Mr Formaggio, à l’examen du 4ème Dan de Krav-Maga FFKDA, que j’ai validé en mai 2013 à Montpellier.Parallèlement à tout cela, toujours désireux d’en apprendre d’avantage, je décide d’entamer une nouvelle formation avec un autre grand expert, ce coup-ci en Penchak Silat. J’ai donc contacté Mr Franck Ropers (7ème degré de Penchak Silat) et je suis de nouveau retourné plusieurs fois sur Paris pour suivre ma formation et gravir les échelons de grade un à un. Quelques temps plus tard, je reçois des mains de Mr Ropers la ceinture noire 1er degré de Penchak Silat (spécifiquement axée sur la partie self défense de la discipline) et un diplôme de Professeur de l’Académie Franck Ropers, dons je suis également l’actuel représentant pour le département du 13.Fin 2014, j’entame une nouvelle formation complémentaire en Kyusho Jitsu (art des points de pression) avec l’équipe d’Experts de l’association Kyusho France. Après avoir suivi le cursus de formation, je valide après examen ma ceinture noire 1er Dan de Kyusho Jitsu D.K.I (Dillman Karaté International) À aujourd’hui, je continue mon perfectionnement dans chacune de ces disciplines et je suis régulièrement des stages dans d’autres disciplines de combat pour enrichir mes connaissances. Je m’occupe également, avec le soutien de ma famille, de mon nouveau club installé sur La Ciotat depuis 2012, le Shin Gi Tai Do, qui compte actuellement plus de 160 élèves.

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